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Mercredi 29 mars 2006
On se délecte toujours lorsqu'on respire enfin à pleins poumons ce qu'on avait seulement humé de loin sans jamais pouvoir l'approcher. Combien d'heures étais-je restée cachée à côté de la porte d'entrée de ce restaurant, sans me montrer, juste pour sentir ce parfum d'opulence ? J'aurais pu reconnaître sans le voir le menu du jour. Du caviar garnissait les contours de l'assiette, qu'on avait soigneusement disposée pour pouvoir mieux apprécier les contrastes de couleurs. Au centre se trouvait une langoustine, livrée à nos fourchettes à poisson, sans défense. Une odeur masculine... Mon fiancé se penchait vers moi et me prit la main. Ses yeux s'inquiétaient alors que sa voix gardait tout son calme de façade. Il était bien moins léger depuis qu'il savait. Je lui souris en retour. Il était troublé, la raison en était évidente. Cette vérité que je lui avais tranquillement annoncée il y a une heure à peine avait bouleversé son monde. La fille du joaillier me posa une question en riant. Je crois qu'elle me prenait pour sa meilleure amie. Elle abordait avec une insouciance feinte le sujet de mon proche mariage. Comme elle était délicieuse cette manière qu'elle avait de détourner les conversations vers le point qui l'intéressait ! Elle passa tout naturellement au choix de mon témoin. Je la rassurai en lui demandant avec empressement si elle acceptait de l'être. Elle fit mine d'être surprise. Avait-elle seulement été surprise une fois dans sa vie ? Mais chacun sembla appuyer ses airs étonnés, aussi je suivis le mouvement. J'étais au Paradis. J'étais au centre de l'attention générale. La conversation tournait autour moi, moi uniquement, même si mon union avec un autre en était le prétexte. Mon fiancé participait joyeusement sans oublier de me lancer de temps à autres des regards brûlants d'amour. S'ils avaient été moins riches, sans doute auraient-ils tous été acteurs. Je crois que la richesse dispense généreusement ce talent pour la comédie à ses enfants. Le joaillier feignait de se réjouir de mon bonheur futur, tout en essayant de placer un bon de commande pour des colliers quelque part dans la conversation. Sa fille nous laissait tous respirer son innocence et sa simplicité, alors qu'elle voulait juste se faire voir en première ligne pendant un mariage opulent. Mon fiancé prétendait être fou d'amour pour moi et faire tout ce qui était en son pouvoir pour hâter la cérémonie. Ils présentaient bien, tous. Mais ils ignoraient qu'ils avaient en face d'eux peut-être une meilleure comédienne. Ils me voyaient et pensaient savoir que, comme eux, j'avais toujours vécu au milieu de cette odeur de richesse. Ils m'avaient souvent lancé des regards de complicité, parce que j'étais comme eux, parce que nos valeurs étaient les mêmes, parce que je fréquentais le même coiffeur. Je souris intérieurement. S'ils savaient... Je me souvenais de l'envie dévorante que j'éprouvais quand je les voyais autrefois, si élégants, si spirituels, si riches. Ils laissaient dans leur sillage ce parfum indéfinissable, mélange de mille fragrances rares, de fumée de cigares cubains, d'odeur de tissus chers. Je baissais la tête pour qu'ils ne voient pas que je fermais les yeux en les respirant. J'étais faite pour ce monde, je l'avais toujours su. Je me reconnaissais dans leurs attitudes, dans leurs sourire, dans leurs voix. Puis j'avais commencé à les imiter. Je riais comme eux, sans vraiment rire, juste pour montrer que je comprenais les traits d'esprit de mon interlocuteur. J'appris tout doucement à mépriser ce qu'ils méprisaient, je m'imprégnais de leur échelle de valeurs, seulement pour découvrir que je me situais tout en bas. Mais je ne pouvais pas me mépriser moi-même. Je n'avais jamais été à ma place, j'aurais dû naître parmi eux, c'était une erreur du destin.
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Par Psycho - Publié dans : psychometrer
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Mercredi 8 mars 2006
Il n’est pas de son plus mélodieux que celui des froufrous d’une robe en soie de grand couturier. Il n’est pas de lumière plus rayonnante que l’éclairage tamisé d’un restaurant élégant. Il n’est pas de sensation plus douce que la caresse d’un manteau de fourrure rare. Il n’est pas de parfum plus entêtant que le mélange des fragrances les plus coûteuses. Je souriais au bras de mon jeune fiancé, il me lançait des regards énamourés. La salle entière s'était retournée pour nous voir entrer. Les conversations s'interrompirent pendant une seconde à peine puis reprirent, léger bourdonnement qui nous accompagnait alors que le maître d'hôtel nous menait à notre table. La fille du joaillier nous rejoignit en exhibant le solitaire qu'on lui avait offert le matin même afin que l'assistance puisse le voir. Son père se tenait en retrait, comme d'habitude, il regardait discrètement lesquelles des dames n'étaient pas parées de ses créations, composant mentalement une liste de clientes potentielles. Le maître d'hôtel nous tendit les menus avec une politesse affable, nous conseillant gracieusement un plat, en sachant parfaitement que nous nous inclinerions devant son choix. Dans une dernière révérence, il retourna aux cuisines. Mon fiancé entama la discussion de sa voix si bien accordée aux harmonies de la harpe qui jouait dans le fond. Je le regardais, tout en participant joyeusement aux potins qu'on répandait à ma table. Il avait tout de la perfection même. Il était fait de cet air qu'il respirait, de ce parfum de richesse, de cette odeur de luxe. Tous, autour de la table, étaient de la même étoffe. La fille du joaillier brillait de tout son être, encore plus que le diamant à son doigt fin. Elle était entourée d'un nuage d'innocence, une odeur presque palpable pour moi qui étais à côté, une odeur légère de fleur d'appartement qui flottait tout autour d'elle. Son père exhalait le parfum lourd et capiteux d'un homme complaisant qui était fier de mériter sa richesse. Je savais qu'ils ne s'en rendaient pas compte. Il y avait trop de ces parfums, aucun n'était nouveau à leurs yeux.
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Par Psycho - Publié dans : psychometrer
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